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Aux origines des jardins médiévaux

A. Qu’est-ce qu’un jardin? Le terme persan "pariri-daeza" s'est transmis, dans la mythologie judéo-chrétienne, sous le nom de «paradis », puis de jardin d’Éden qui signifie en premier lieu «espace fermé». Plus tard, le terme «jardin» est attesté au XIIe siècle, rattaché au composé latino-germanique «hortus gardinus», qui se traduit littéralement par « jardin entouré d'une clôture » : du latin «hortus», jardin et du francique «gart ou gardo», clôture. Le jardin est un terrain, clos ou ouvert selon les époques et les civilisations, où l'on cultive des légumes, des fruits, des arbres et des arbustes fruitiers. Il est agrémenté dans un souci esthétique d’ornements divers et peut être souvent aménagé de parterres, de bosquets, de plans d'eau et de tonnelles qui permettent la promenade, le repos, la rêverie.

A. Qu’est-ce qu’un jardin?

Le terme persan «pariri-daeza» s'est transmis, dans la mythologie judéo-chrétienne, sous le nom de «paradis», puis de jardin d’Éden qui signifie en premier lieu «espace fermé». Plus tard, le terme «jardin» est attesté au XIIe siècle, rattaché au composé latino-germanique «hortus gardinus », qui se traduit littéralement par « jardin entouré d'une clôture » : du latin « hortus », jardin et du francique « gart ou gardo », clôture.

 

Illustration 1 : Photo d'un jardin avec un portique

Jardin avec un portique, en baie du Mont Saint- Michel. Jardin avec un parquet de gazon,

Cette étymologie suggère que le jardin se doit d'être clos pour être protégé de l'extérieur et bien entretenu à l'intérieur. C'est à l'aide de cette définition qui s'adaptera au fil des millénaires que nous allons aborder un cas particulier : le jardin médiéval.

B. Le modèle idéal :

Le premier jardin connu du monde est cité dans la Bible, et n'avait d'autre créateur que Dieu-lui même. C’est dans ce lieu mythique que sont engendrés les deux premiers jardiniers Adam et Eve, issus du Créateur. C’est dans le Jardin des Délices que Hieronymus Bosch (v.1453-v1516), en 1504, a peint ce lieu en tant que Paradis terrestre.

C'est un triptyque en trois volets : sur le volet gauche, le Paradis, souligné par les nuances tendres et claires du vert, du bleu, du jaune et de l’ocre ; et, sur le volet droit, l’Enfer musical, maintenu dans les couleurs sombres et froides, du noir bleuté ou du gris. Sur le panneau central, une véritable explosion de couleurs rehausse l’illustration prodigieuse d'un paradis artificiel où tout renvoie à une tentative de retour à l’Éden idéal. Maints détails, comme les fruits et les oiseaux, sont d’une taille disproportionnée, comme pour souligner que cette situation n’est pas naturelle et résulte du péché. Dans un vaste paysage lumineux, Jérôme (Hieronymus) Bosch organise la scène centrale en allusions qui font passer l’humanité, jugée par la Balance, du Paradis à l’Enfer.

 

Jérôme BOSCH Le Jardin des Délices ,1503, huile sur bois, 220 x 389 cm, Musée du Prado, Madrid

Le thème du jardin n'a pas seulement inspiré les peintres, mais il a également suggéré des images et des rêves aux écrivains et aux poètes du Moyen-Age. Univers clos, le jardin est une Terre promise, mélangeant beauté et sérénité et dans lequel ils peuvent se reposer et s'inspirer. Le premier à écrire sur le sujet est Venance Fortunat. Écrivain italien et prolixe, il fuit  Trévise en Poitou vers 565 après J.C.devant l'invasion lombarde. Chapelain du monastère de Sainte Radegonde, il devient par la suite évêque de Poitiers. «Familier» (précepteur) de la dynastie mérovingienne, il compose un court poème, pour la veuve de Childebert Ier : « Le jardin de la reine Ultrogothe » dont voici quelques extraits :

« Ici l'éclatant printemps fait pousser un gazon verdoyant

Et répand les parfums des roses du paradis,

Ici les jeunes pampres offrent leur ombre protectrice aux ardeurs de l'été

Et abritent sous leurs frondaisons les ceps chargés de grappes.

Le jardin est émaillé de mille fleurs variées,

Les fruits y ont une éclatante blancheur ou un habit de pourpre.

L'été y est plus doux et la brise aux discrets murmures

Balance sans relâche les pommes suspendues à leur tige. »

Après une plongée dans les origines et les premières exploitations du jardin, il est temps maintenant d'examiner les multiples rôles de l'espace clos. Et, à travers un Moyen-Age riche en découvertes et en adaptations, nous pourrons admirer l'effervescence des jardins médiévaux.


C. Formes et symboles :

Pour certains, les jardins du Moyen-Age évoquent une certaine nostalgie du paradis perdu : le jardin d’Éden, dans sa représentation médiévale apparaît comme un espace sacré circulaire, le cercle révèle le divin, le céleste alors que le carré exprime le terrestre. Le carré s’intègre parfaitement dans la symbolique médiévale liée aux nombres : les quatre éléments, les quatre fleuves du paradis, les quatre évangiles, les quatre saisons ; le chiffre quatre ou le carré est le symbole de perfection au Moyen-Age ; il sert donc de base à la réalisation des jardins.

 

Maître du Paradiesgärtlein, peintre travaillant à Strasbourg dans le premier quart du XVe siècle, Le Jardin de Paradis (Paradiesgärtlein), c. 1410-1420 Huile sur panneau de chêne, 26,3 x 33,4 cm, Francfort, Städelsches Kunstinstitut

           Dès le début du Moyen-Age, on retrouve l'Hortus conclusus qui est un jardin qui fait partie du château médiéval. Il doit être construit au pied des tours et des créneaux, pour des raisons de sécurité. Le plus souvent, il se trouve à l'intérieur de l'enceinte du domaine. S'il est à l'extérieur, il doit communiquer directement avec le château et être entouré de palissades ou d'un petit mur bas. Le jardin sera alors délimité par des haies décrivant une forme rectangulaire. Les clôtures, haies et palissades séparent le monde clos où règne Dieu du monde extérieur où il existe une vie instable dans laquelle l'Homme est en proie aux tentations et au mal.

De plus, ces clôtures écartent du jardin les influences malfaisantes et empêchent les forces bénéfiques de s'en échapper. De ce fait-ci, on peut s'orienter vers cette idée de séparation, comme le représentent fréquemment les miniatures médiévales (voir illustration ci-dessus).

Inspirés de l’hortus conclusus, ces jardins devaient surtout et avant tout être des jardins utilitaires, procurant nourriture, vêtements, plantes médicinales avant d’être liés aux plaisirs ; le Moyen-Age jugeait nécessaire de joindre l’utile à l’agréable. Durant la longue période qu’a duré le Moyen-Age, presque mille ans, les jardins ont profondément évolué de l’hortus castral, jardin du château,  à l’hortus deliciarum, jardin des délices, prélude aux jardins de la Renaissance. Les jardins médiévaux sont également le plus souvent d’origine monastique, chacun gardant des particularités spécifiques.

- Le cas de l’hortus Castral

Avant tout, il s’agit d’un lieu défensif où la moindre place est comptée. Le château féodal laisse peu d’espace pour le jardin. La priorité est donc donnée à l’hortulus, ou jardin potager, jardin fermé situé dans une des cours de la forteresse, et au jardin d'herbes utilisées quotidiennement dans la cuisine. Seuls quelques grands domaines disposant d’une place plus importante peuvent se permettre de posséder un herbularius où sont cultivées les plantes médicinales. Les cultures s’étendaient généralement au-delà des remparts avec les champs de céréales.

Quant à l’hortus Monastique ou hortus conclusus

Ce type de jardin fait partie  intégrante de la vie spirituelle des moines. Tous les jardins monastiques d’Europe sont basés sur le fameux plan dit de « l’abbaye de Saint Gall », dessiné vers l’an 806 par Théodore de Trace. Pour la première fois, les différents types de jardins sont identifiés et répertoriés. Ils sont répartis en plusieurs endroits en fonction de la spécification et de la fonctionnalité des bâtiments : tout près du logis du moine médecin, l’herbularium ou jardin des simples et aussi proche de l’infirmerie. Il est constitué de rectangles bordés de planches où sont cultivées les plantes médicinales, aromatiques et condimentaires. Nous retrouvons dans ces jardins 49 plantes citées dans le «Capitulaire de Villis» (pommiers, poiriers, pruniers de plusieurs espèces, sorbiers et pêchers). Chaque ensemble de bâtiments comportait un cloître plus ou moins grand, mais toujours divisé en quatre parties avec un point central orné d’une fontaine, d’un puits, d’une statue ou d’un arbre, «arbre de vie» en mémoire de l’arbre sacré du paradis, arbre de la connaissance du bien et du mal. Une partie de ce jardin, l’Hortus, a été reconstituée, il y a quelques années sur les rives du lac de Constance à l’abbaye de Reichenau, en Allemagne. Dans cet Hortus, on  trouve un  ménagier ou potager, plus grand que l’herbularius,  constitué de deux rangées de neuf plates-bandes rectangulaires où sont cultivés les légumes nécessaires à l’alimentation des moines et qui se trouve naturellement près des cuisines. Derrière l’église, le verger-cimetière où les tombes des moines sont alignées entre les arbres fruitiers .

Plan original de Saint Gall et Plan en couleur de celui-ci.

Le plan de Saint Gall, dessiné sur cinq peaux de parchemins cousues est le plus grand manuscrit connu de cette époque, et mesure 1.12m sur 0.77 m. Il représente le modèle idéal qui servit de base à l’organisation de nombreux monastères bénédictins à travers l’Europe. Les arbres plantés à Saint Gall sont les mêmes que ceux qui sont préconisés dans le Capitulaire de Villis. Ce capitulaire a été édicté par Charlemagne dans le but d'enrichir ses domaines et de propager la culture de plantes nouvelles ; il contient une liste de plantes à cultiver : outre les plantes nourricières et les condiments, il mentionne trois plantes décoratives : le lis, la rose et l'iris.

Le temps passe, les mentalités changent et évoluent sous l’influence des chevaliers revenus des croisades avec dans la tête le souvenir des fabuleux jardins d’Orient ornés de plantes aux couleurs chatoyantes et aux parfums envoûtants, ouverts sur la campagne environnante. Cela permettra la création de jardins plus grands, plus vastes, ayant  très librement inspiré le «Roman de la Rose».

Hortus deliciarum

 

Dans le jardin d' Amour. Miniature du XV éme s. extrait du Roman de la Rose

L’hortus deliciarum, ou jardin des délices, est l'expression de l’amour de Dieu pour l’homme ; jardin du plaisir terrestre où fleurit l’amour courtois il offre une abondance de fleurs, il est  propice à la promenade, au repos et à la lecture. L’évolution est perceptible : la clôture se fait plus fine, plus discrète, plus travaillée, la fontaine centrale paraît plus riche, plus raffinée, le jardin se pare de pergolas, de volières, de viviers, de pièces d’eau, et même d’automates, ouvrant ainsi la porte aux jardins de la Renaissance. Le verger planté d’arbres fruitiers d’essences variées et de fleurs devient lieu de promenade alliant l’utile et l’agréable, le beau et le bon, selon l'association platonicienne.